Un savant atomiste devenu pacifiste : Andreï Sakharov







Cette année, pour la 22ème fois, le Parlement européen décernera le prestigieux Prix Sakharov. L’attribution du Prix pour la liberté de pensée constitue un honneur qui n’échoit qu’aux plus ardents défenseurs des droits de l’homme. Ce prix a reçu le nom d’un des artisans de la bombe la plus destructrice jamais conçue, Andreï Sakharov (1921-1989), physicien nucléaire soviétique et lauréat du Prix Nobel de la Paix. Une étrange combinaison.
Andreï Sakharov a donné son nom au prix que les europarlementaires décernent depuis 1988 à des personnes ou des organisations qui s’investissent dans la défense des droits de l’homme.
Sakharov était un homme intelligent, un homme des extrêmes. D’une part, ses travaux ont été à la base du développement de la bombe à hydrogène et d’autre part, il fut un ardent défenseur des droits de l'homme, qu’il considérait comme un élément fondamental de la politique internationale.
Des liens familiaux très forts
Sakharov, né dans la Russie tsariste, a grandi dans une famille traditionnelle.
Son père était un physicien renommé, qui lui a clairement transmis le don des sciences. Son amour du prochain lui vient, selon ses propres dires, de sa grand-mère, qui vivait avec la famille et avait une très grande influence sur elle.
La bombe à hydrogène
Dès son plus jeune âge, Sakharov a baigné dans les sciences. Il choisit donc tout naturellement de faire des études de physique.
En 1942, en pleine guerre, il termine ses études à l’Université de Moscou. Après avoir présenté son doctorat en physique nucléaire à l’Académie des Sciences de l’Union Soviétique, il travaille comme chercheur à un projet ultra secret.
C’était en 1948, au début de la Guerre Froide. À cette époque, l’Union Soviétique charge Sakharov et son équipe de développer des armes nucléaires.
Sakharov s’avéra être un génie dont les idées furent à la base non seulement du développement de la première bombe atomique soviétique, mais aussi, plus tard, de la bombe à hydrogène. La plus puissante bombe a hydrogène qui ait jamais explosé est d’ailleurs le fruit de ses travaux.
Le doute
Au départ, Sakharov croyait fermement au bien-fondé de son travail, persuadé qu’il était que sa tâche contribuait à la stabilité dans le monde. Mais petit à petit, le doute s’installe dans son esprit. Dans son article Progrès, coexistence pacifique et liberté intellectuelle (1968), Sakharov évoque le danger d’une course aux armements nucléaires avec les États-Unis.
La réaction à son article fut immédiate : l’Union Soviétique lui interdit de travailler dans le domaine de la recherche militaire.
Un cœur pour les hommes
L’âme de philanthrope de Sakharov ne lui venait pas uniquement de sa grand-mère. Durant la Seconde Guerre Mondiale, il avait travaillé quelque temps comme bûcheron dans un village isolé et il avait vu comment ses compatriotes souffraient de la guerre et de la tyrannie du régime.
En 1970, il fonde avec ses amis Valery Chalidze et Andrei Tverdokhlebov la première organisation des droits de l’homme d’Union Soviétique : le Comité des Droits de l’Homme de Moscou. Leur but était de dénoncer les exactions du régime et de lutter contre l’indifférence de l’élite intellectuelle vis-à-vis des violations des droits de l’homme.
La récompense
En 1975, l’engagement de Sakharov pour les droits de l’homme en Union Soviétique lui a valu le Prix Nobel de la Paix. Ce ne sera pas sa seule récompense.
Aujourd’hui, tout le monde s’accorde pour dire que son article de 1968 sur la « coexistence pacifique » a énormément influencé la pensée politique. Depuis, l’idée que les droits de l’homme doivent être à la base de toute action politique a fait beaucoup de chemin. Certainement au sein de l’UE, où le respect des droits de l’homme et de la démocratie constituent des éléments fondamentaux de la collaboration entre les 27 états membres. En 1988, un an avant sa mort, le Parlement européen décide de donner à son prix qui récompense les activistes des droits de l’homme le nom d’Andreï Sakharov.
Cette année, c’est le dissident cubain Guillermo Fariñas qui recevra le Prix pour la liberté de pensée. Le 15 décembre, le président du Parlement européen Jerzy Buzek décernera le prix à Strasbourg. Mais le lauréat Fariñas ne pourra vraisemblablement pas le recevoir en mains propres. En effet, il y a peu de chances que le régime cubain l’autorise à quitter le pays.
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Statement by EU High Representative Catherine Ashton on Sakharov Prize (en)
Explosion bombe H, © Superstock, 1952
'Memoirs of a 20th Century Giant, Couverture de 'Time Magazine', 14 Mai 1990, © EPA, 2010
Guillermo Fariñas, gagneur du Prix Sakharov 2010, à Cuba, © EPA, 2010
Statue de Andrei Sakharov, Peter Shapiro, à Washington D.C., © EPA
Andrei Sakharov, © APF, 1975
Couverture du livre 'Andrei Sakharov's Memoires'
Andrei Sakharov sur le Mur de Berlin, © Photo Joachim Thum, 1991