Un plan européen pour la création des emplois verts et pour le « verdissement » de l’économie : conclusions de la conférence ministérielle

Lors de la 1ère conférence ministérielle sur les emplois "verts" dans le cadre de l’Union européenne, la Vice-Première ministre et ministre de l’Emploi, Joëlle Milquet, aux côtés du Commissaire européen de l’Emploi, des Affaires sociales et de l’Inclusion, László Andor, a lancé la proposition d’un premier plan européen pour la création d’emplois dans les secteurs "verts" et pour le "verdissement" de l’économie et du marché du travail.
La conférence ministérielle de ces 28 et 29 septembre, qui réunissait différents ministres, les experts des organisations internationales (OCDE, OIT), les représentants des secteurs de l’économie verte (construction, renouvelable, etc.), les partenaires sociaux et les acteurs de l’emploi, avait pour but de préparer les pistes d’action concrètes d’un plan européen pour la création des emplois verts qui constitue un défi essentiel à relever.
Les exposés de ces deux jours de conférence ont montré que la croissance verte est source de changements pour nos marchés de l’emploi. Des emplois sont créés, beaucoup d’autres sont amenés à évoluer, certains sont amenés à disparaître. Pour Joëlle Milquet, il est nécessaire d’avoir la capacité d’anticiper les changements qui sont en cours afin de s’assurer que cette transition soit positive pour les travailleurs, les marchés de l’emploi et pour la croissance verte.
La volonté de la ministre est de faire adopter des conclusions politiques établissant les grandes lignes concrètes d'un futur plan de création d’emplois « verts » au Conseil des ministres de l’Emploi de décembre en s’appuyant sur ce qui s’est dit dans le cadre de cette conférence ainsi que sur les travaux du Comité de l’emploi, de la Commission et du Comité économique et social européen.
Plusieurs lignes de force peuvent être dressées à l’issue de ces deux jours de conférence ministérielle :
- Les gouvernements doivent jouer un rôle important d’impulsion. Plusieurs expériences nationales ont été présentées avec des plans ambitieux pour rendre l’économie plus verte. Parfois, les stratégies sont globales et visent l’ensemble des industries et des secteurs (comme en Angleterre ou en France), parfois il s’agit de stratégies visant certains secteurs précis (par exemple le secteur de la construction en Allemagne). Les conclusions qui seront adoptées en décembre devront viser à renforcer l’échange de ces bonnes pratiques et à demander aux Etats membres d'établir une stratégie nationale de création d'emplois « verts » impliquant des sous-objectifs chiffrés et pluriannuels.
- Les exposés ont montré que l’ensemble des emplois sont touchés par la transition vers une économie verte. Dès lors, des mesures d’accompagnement des travailleurs sont importantes : les services pour l’emploi devront jouer un rôle clé à ce sujet et éventuellement orienter les travailleurs vers les nouveaux secteurs émergents. Il convient également de prendre en compte les restructurations qui pourront aussi avoir lieu et organiser une stratégie d'anticipation des besoins et des reconversions. La présidence belge organisera d’ailleurs les 18 et 19 octobre prochains un événement sur le thème des restructurations socialement responsables et des modifications nécessaires.
- La formation des travailleurs est un élément clé de la transformation de nos économies. Des pénuries de travailleurs disposant des compétences recherchées dans certains secteurs sont déjà observées. Dans le cadre des conclusions adoptées en décembre, des mesures seront demandées en vue d’anticiper les besoins en compétences et qualifications. L’accent a aussi été mis sur l’importance de former les travailleurs et demandeurs d’emplois aux métiers verts, non seulement via la formation initiale, mais aussi via la formation tout au long de la vie. La dimension ‘genre’ a aussi été mentionnée, il est en effet essentiel d’orienter également les femmes vers ces nouveaux secteurs.
- Un autre point concerne l’importance de la diminution du coût du travail et d'un shift vers la fiscalité verte en vue d'augmenter le nombre d'emplois et le nombre d'incitatifs de déploiement de biens et services créateurs d'emplois dans les secteurs « verts ».
- Les fonds européens doivent jouer un rôle important pour accompagner les travailleurs, les former aux nouveaux métiers « verts », s’assurer de l’insertion des travailleurs les plus vulnérables dans les nouveaux secteurs « verts ». La question du renforcement du financement de ces initiatives sera cruciale. Dans le cadre des conclusions, la Présidence invitera la Commission européenne à explorer si les fonds européens, notamment le fonds social européen et le fonds d'ajustement pour la mondialisation, dans le cadre de sa prochaine programmation 2014-2020, pourraient davantage prendre en compte la dimension de la transition vers une économie « verte ».
- La transition doit s’opérer de manière juste. Les emplois créés doivent être des emplois de qualité. Les Etats membres devront y veiller. Une bonne représentation des travailleurs et des employeurs dans les nouveaux secteurs est notamment importante pour assurer des bonnes conditions de travail. Dans les conclusions, la Présidence invitera la Commission européenne à intégrer dans le cadre de sa stratégie pluriannuelle sur la santé et sécurité au travail, l’identification des risques associés aux nouveaux métiers liés à la croissance verte.
- Bien qu’elles représentent 99 % des entreprises et 57 % de la valeur ajoutée de l’économie, les PME ont encore beaucoup de difficultés à prendre en compte la dimension environnementale. Ainsi seuls 6% d’entre elles disposent d’un outil de gestion environnemental. Le défi environnemental est encore bien souvent vu comme une surcharge de coût plutôt que comme une opportunité. Dans le cadre des conclusions qui seront adoptées en décembre, une attention particulière devra être accordée aux PME. La Présidence invitera notamment les Etats membres et la Commission européenne à davantage promouvoir le toolkit d’assistance environnementale développé par la Commission européenne.
- Il faudra également verdir l’ensemble des emplois. Des changements substantiels doivent être introduits au niveau des lieux et conditions de travail, de l’utilisation de nouveaux matériaux répondant aux normes d’efficacité énergétique, de la planification du travail, des déplacements vers et sur le lieu du travail. A cet égard, comme l’ont montré les témoignages, le dialogue social, les travailleurs et les employeurs doivent jouer un rôle essentiel
- L’ensemble des acteurs des marchés de l’emploi doivent être conscients de la transition qui est en cours et s’y préparent. Les services de l’emploi, les partenaires sociaux, les institutions d’enseignement, les opérateurs de formations, les autorités locales, régionales et nationales, etc., tous ces acteurs doivent s’approprier les changements qui sont en cours. Il faudra des lors renforcer les logiques de coordination et de task force.
- La Présidence belge proposera en décembre des indicateurs de verdissement des marchés de l'emploi à appliquer dans les différents Etats membres.
- Enfin, des indicateurs de verdissement des emplois réalisés au sein du groupe indicateur du Comité de l’emploi ont été présentés aujourd’hui. Ces indicateurs permettent de disposer d’une grille d’analyse pour suivre l’évolution du verdissement de nos marchés de l’emploi. Ils représentent par conséquent un outil fort intéressant d’évaluation des politiques mises en œuvre.
Face à ces différents éléments, pour Joëlle Milquet, il est important que la Commission européenne propose en 2011 des principes visant à guider les marchés de l’emploi vers la croissance “verte ». La Commission européenne a déjà annoncé qu’elle préparait un document de travail sur ce thème qu’elle annexerait au flagship « an agenda for new skills and new jobs ». Dans le cadre des conclusions, la Présidence belge invitera la Commission européenne à présenter en 2011 une initiative importante permettant une politique européenne établissant les principes, la méthode et les outils d’évaluation en vue de verdir les marchés du travail et de créer des emplois « verts ».
